Carnets de voyage @ Kalei

Les billets de nos rédacteurs-voyageurs.

Feb 2

“Le bodybuilding, une sorte de liberté” [vidéo]

Reportage croisé sur le bodybuilding entre Israël et les Territoires Palestiniens. (Photo. Joseph Melin Son/Montage. Simon Pittet)

  • Maor Zaradez est un bodybuilder israélien professionnel habitant à Tel-Aviv.
  • Muhannad Al Resheq est un bodybuilder arabe israélien amateur habitant le vieux Jérusalem.
  • Amjad Al Zain est un bodybuilder palestinien semi-professionnel habitant à Ramallah.

Simon (voir sa page)

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“Le bodybuilding, une sorte de liberté”

Amjad Al Zain est le favori de la plus importante compétition de bodybuilding des Territoires occupés. Reportage à Ramallah sur un sport qui suscite un engouement croissant. Photo. Joseph Melin Texte. Simon Pittet

En ce vendredi, jour de prière, tout un monde s’est donné rendez-vous à la plus importante compétition de bodybuilding de Palestine. Le Palais de la Culture de Ramallah palpite au rythme des percussions et des applaudissements. Certains agitent l’étendard de leur salle de fitness, d’autres le drapeau national. La salle est quadrillée par les forces de sécurité de l’Autorité palestinienne. La télévision est là, tout comme les photographes.

En coulisse, Amjad Al Zain est concentré. À 36 ans, ce bodybuilder de Ramallah a déjà gagné une douzaine de prix en Palestine et à l’étranger. Même pour lui, la pression est considérable. Ses six derniers mois ont été rythmés par un entraînement intensif. Son cadre: la salle «Oxygen gym».

Amjad Al Zain, avant de monter sur scène (Joseph Melin ©2010)

Amjad Al Zain, avant de monter sur scène (Joseph Melin ©2010)

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C’est dans ce fitness de Ramallah que les entraînements ont lieu. Ici, l’effervescence poussiéreuse de la ville est vite oubliée. Les clients se dépensent - et dépensent - sur des machines rutilantes importées d’Israël. Chaque tapis-roulant à son écran de télévision qui diffuse des séries américaines et égyptiennes. De part et d’autre des fenêtres laissent entrer des rayons de soleil et offrent une vue plongeante sur la ville et le camp de réfugiés d’Al Amari.

Une femme comme coach

«Go Amjad Go !» scande Sanaa Alwan, sa coach personnelle. À 40 ans cette Palestinienne, mère de quatre enfants, est l’unique femme à entraîner un bodybuilder dans les Territoires occupés. Alors que son poulain enchaîne les mouvements sur un rameur, elle explique: «ce qui compte à quelques jours de la compétition, c’est de répéter les mouvements et baisser les poids.»

Stéroïdes «indispensables»

Entre deux exercices, Amjad Al Zain se confie : «ma femme ne partage pas ma passion pour le culturisme, en particulier durant les dernières semaines de préparation. Je deviens irascible et peine à me contrôler. Je me lève souvent au milieu de la nuit avec une faim démesurée.» A-t-il recours aux stéroïdes ? «Ils sont indispensables à ce niveau, assure le bodybuilder, avant de préciser je les injecte au-dessus du muscle fessier, les trois mois qui précèdent les grandes compétitions».

En complément à ces substances anabolisantes, l’arsenal du champion comporte aussi de la créatine, des acides aminés et des compléments alimentaires riches en vitaminés et protéines. «Le tout me coûte environ 3’000 shekels (540€) par mois.» Financer ce «régime» n’est pas vraiment un souci pour Amjad qui, en plus d’un magasin de compléments alimentaires, possède la moitié de l’Oxygen Gym.

Propositions du Fatah

La stature de Goliath d’Amjad Al Zain n’a pas que des avantages. Au plus fort de la seconde Intifada, elle lui aurait valu quelques jours derrière les barreaux. Ce père de famille raconte aussi les coups et les insultes récoltés lors de passages de checkpoints, contrôlés par l’armée israélienne. Mais du côté palestinien aussi, le colosse ne passe pas inaperçu. «Il y a une semaine, des dirigeants du Fatah m’ont demandé d’encadrer la formation des forces de sécurité.» Au programme: musculation et diététique des troupes. Une offre qu’il a déclinée. «Je ne me mêle pas de politique» explique Amjad.

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Supporters venus du camp de réfugiés voisin

Retour dans la salle. À peine l’hymne national terminée, deux pôles d’excitation s’affirment. Près de la scène, des supporters de Solo Gym, agitent de grands étendards et soutiennent les membres de leur fitness par de puissants hurlements. Plus haut, près des entrées, les supporters venus du camp de réfugiés d’Al Amari s’agitent et invectivent le jury. Munis d’un mégaphone et d’une darbouka, un instrument de percussion local, ils couvrent même la voix excédée de l’organisateur.

Bodybuilder à 75 ans

Peu avant le passage d’Amjad, un invité-surprise entre sur scène. Fathi al Shami, à 75 ans et en caleçon rouge, est le fringant doyen des bodybuilders palestiniens. Derrière lui sont alignés neuf trophées  pour  les vainqueurs de chacune des catégories de poids. Une plus grande coupe dépasse. Elle est destinée au grand vainqueur de la compétition. Mais Amjad, prêt à monter sur scène, sait que les jeux sont faits. Le jury a déjà décidé qui seront les vainqueurs et qui seront les perdants.

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C’est loin du marbre clair et de la climatisation du Cultural Palace, dans un bâtiment défraîchi de Ramallah, que les athlètes se sont présentés devant le jury, plusieurs heures avant la compétition. Devant l’entrée, les équipes venues des quatre coins de la Cisjordanie se retrouvent. Des groupes se forment autour des voitures rutilantes.

«Je n’ai pas dormi de la nuit»

Avec un petit retard, Amjad arrive au volant de son 4x4 importé des USA. Ces dernières heures ont été pénibles. «Je n’ai pas dormi de la nuit. J’ai beaucoup pensé. J’ai eu soif». Les derniers jours précédant la compétition, nombreux sont les bodybuilders à ne plus ingérer de liquide. Cette technique très éprouvante a déjà valu à Amjad un évanouissement, il y a quatre ans.

Première étape, la pesée. Elle a lieu dans un petit bureau au plafond bas qui semble encore plus exigu lorsque les armoires à glace de l’Oxygen Gym s’y pressent. Dans cette atmosphère suffocante, un ventilateur poussif remue vaguement l’air. Les hommes se succèdent sur une vieille balance. 80.2kg indique un petit écran fatigué. Le poids d’Amjad. Un homme assis à un petit bureau inscrit le chiffre dans un livre et lui tend le numéro 31 inscrit sur une petite étiquette à accrocher sur son caleçon.

Avant de passer devant le jury, les athlètes s’enduisent d’huile bronzante et font quelques exercices. Sanaa, la coach, explique: «Il s’est rasé, il y a quatre jours pour que l’huile tienne mieux sur sa peau». Totalement concentré, Amjad parle peu. Autour de lui trois personnes remuent l’air à l’aide de serviettes ou de dossiers tachés d’huile bronzante.

Quelques minutes plus tard, le moment est venu de se présenter. Des fans euphoriques interpellent leurs favoris et les immortalisent à l’aide de téléphones portables. L’excitation est telle que le jury peine à voir les bodybuilders. Exaspéré, un organisateur se lève et repousse tant bien que mal le public.

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Breakdance maladroite

Amjad entre sur scène avec le groupe des 80-85 kg. Chacun enchaîne les positions, un sourire figé au milieu du visage. Un culturiste se met à faire une roue puis des saltos. Le suivant s’essaie à des mouvements de breakdance maladroits. Dans le public, l’agitation est à son comble. Subitement, deux fans se lèvent et déplient un grand poster à l’effigie de leur favori. Leurs voisins les repoussent aussitôt, furieux d’être privés de spectacle, ne serait-ce qu’un instant. Gagner dans sa catégorie n’est presque qu’une formalité pour Amjad qui, sans surprise, sort de scène une petite coupe à la main.

Les forces de sécurité du Fatah

Dans la salle bondée de supporters, des tenues de camouflage urbain trahissent la présence des forces de sécurité du Fatah. Postés au quatre coin du Cultural Palace, les agents ont leurs mains posées sur leurs fusils mitrailleur (AK-47). Les recrues interviennent aux premiers débordements. Sanaa confie: «en Palestine, à chaque évènement, quel qu’il soit, tu as toujours peur.»

Après le passage des poids-lourds, Amjad revient sur scène, cette fois accompagné des vainqueurs de chacune des catégories. Sur une musique électronique new age, il exhibe une dernière fois ses muscles. Un vacarme de cris et de sifflets s’élève de la foule:«Amjad, Amjad!» . Le bodybuilder, ébloui par les projecteurs, ne voit pas les signes fébriles que lui fait sa mère, depuis le centre de la salle.

Le jury se prépare finalement à annoncer le grand vainqueur de la journée. Au coeur du public la femme d’Amjad est entourée de ses deux filles, déjà prêtes à amener un bouquet à leur père triomphant.

À cause d’une blessure

Au micro, le représentant du jury lit le nom du champion… «Nabil El Tamari, de Bethléem». La déception est perceptible mais contenue. Sanaa explique aussitôt:«ce sont les jambes qui ont fait la différence. Une blessure au début de l’année l’a empêché d’aller jusqu’au bout de son potentiel.»

Sur la scène, il ne reste qu’une poignée de proches d’Amjad, ses amis, sa famille. La salle est déjà presque vide. Les fans sont rentrés chez eux, les yeux et les appareils photos remplis d’images inoubliables.

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«Une sorte de liberté»

En définitive, comment expliquer cet engouement pour le culturisme? Khaled, un bodybuilder de l’Oxygen Gym, a sa réponse: «en Palestine, les gens sont de plus en plus éduqués et ont donc plus facilement accès à toute la documentation en anglais sur Internet, dans des magazines ou des livres. » Mais selon cet informaticien, un autre facteur explique la popularité croissante de cette discipline. «Dans notre pays, il est difficile de se déplacer avec le morcellement des Territoires et les checkpoints. Par contre, tu peux faire du bodybuilding où et quand tu le souhaites. C’est déjà une sorte de liberté

Simon (voir sa page)

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Mar 15

Les “kachâchine hamâm”, ou la découverte d’un loisir particulier en Syrie

En vivant quelque temps à Jaramana, banlieue de Damas, on commence à remarquer des sifflements ça et là, sur les hauteurs des immeubles ; ainsi que des groupes d’oiseaux volant ensemble au-dessus de certains pâtés de maisons. Je me suis fait expliquer de quoi il s’agit. Certains hommes sont dans leurs loisirs des kachâchine hamâm, littéralement des chasseurs de pigeons. Mais pas des chasseurs qui ont pour but de chasser au sens de tuer des bêtes destinées à être mangées, mais de chasser au sens d’éloigner, de faire voler dans le ciel. Plus concrètement, le kachâche hamâm, au lieu d’avoir un animal de compagnie comme un chat ou un chien (pratique très rare en Syrie), élève un groupe de pigeons, dont le nombre peut s’élever à une centaine, sur le toit de son immeuble. Lorsqu’il a envie de prendre du bon temps avec ses volatiles, généralement tous les jours, il les libère et les observe voler en rond au-dessus de lui, alors que lui fait de larges ronds avec une sorte de lanière qui sert à mon avis de point de repère à ses pigeons. De même, il siffle pour communiquer avec eux ; d’où les sifflements qu’on entend régulièrement un peu partout par ici.

Mais le piquant de l’histoire reste à être révélé : les kachâchine hamâm sont très attachés à leurs pigeons, et ils lorgnent aussi vers ceux des autres. Alors lorsqu’un groupe d’oiseaux, appartenant à un voisin ayant la même occupation, vole non loin de lui, le kachâche hamâm essaie d’en attirer quelques uns par ses sifflets et même des manœuvres consistant à exhiber une femelle au poing, femelle battant des ailes et ayant la faculté d’attirer les mâles volant au-dessus d’elle. Et si le kachâche hamâm parvient à voler des pigeons à ses confrères de cette manière, le règlement de comptes peut aller jusqu’au meurtre… Les histoires de vengeances sanglantes pour cause de pigeons volés sont légions.

La majorité de la population ne partageant pas cette passion pour les oiseaux, elle a une fort mauvaise opinion de cette occupation et des personnes qui s’y adonnent. Tout d’abord, les kachâchine hamâm sont considérés comme de vilains voyeurs, puisqu’ils passent du temps sur les toits et ont donc une vue plongeante dans les appartements. Ils sont si mal considérés que dans la loi, leur parole n’a pas de valeur devant une autorité judiciaire car on juge qu’elle ne vaut rien, puisqu’ils passent leur temps à mentir à leurs confrères en niant les vols de pigeons.

Voilà l’histoire de ces hommes à la passion honteuse et incomprise… Mais que font-ils au final de leurs pigeons, me demanderez-vous ? Ils les aiment bien sûr, parfois en vendent et en achètent (et parfois drôlement cher, paraît-il!), et parfois même on peut les retrouver sur la table du repas lorsqu’il y a des invités.

J’expliquais à un ami syrien que les pigeons sont considérés comme une plaie en Europe, et il me répondait : « Mais ce n’est pas l’oiseau symbole de la paix ? »

Lauriane (voir sa page)

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Mar 3

Trois mois en Syrie

Jaramana, petite ville à elle toute seule, mais qui fait partie de Damas. C’est le deuxième endroit en Syrie qui contient le plus de réfugiés irakiens. Ce sont donc des réfugiés “urbains”, c’est-à-dire qu’ils ne vivent pas dans des camps mais qu’ils se fondent dans la population, en louant des appartements en ville pour beaucoup d’entre eux. A Jaramana, les immeubles poussent comme des champignons. Nous n’étions pas venus en Syrie depuis une année et demi, et ce qui était un terrain vague derrière notre immeuble est maintenant un nouveau quartier. Je ne comprends pas encore assez l’arabe pour reconnaître l’accent irakien, mais on me dit qu’on l’entend tout le temps dans la rue, dans les commerces… Je me réjouis d’être capable, bientôt Inch’Allah, de le reconnaître.

Lauriane (voir sa page)

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